On les repère sans effort dans un hall de gare ou sur un pont en pleine heure de pointe : elles ne courent pas, elles ne bousculent personne, mais elles avancent nettement plus vite que le flot. On les imagine volontiers stressées, en retard ou simplement impatientes. Les études menées depuis une dizaine d’années dessinent pourtant un autre portrait.
Chez les adultes d’âge mûr et les seniors, un trait psychologique revient avec une régularité frappante chez ceux qui gardent une allure vive : le sentiment d’avoir un but dans la vie. Ce lien reste une association statistique, pas une règle, mais il éclaire d’un jour nouveau ce que notre démarche peut refléter.
Le sentiment d’avoir un but, un point commun mesurable
En 2017, une équipe de l’école de santé publique Harvard T.H. Chan a publié dans JAMA Psychiatry une étude fondée sur la Health and Retirement Study, une vaste enquête américaine qui suit des adultes de plus de 50 ans. Les chercheurs, dirigés par Eric S. Kim, ont mesuré le « but dans la vie » à l’aide d’une échelle de psychologie validée, puis observé l’évolution de la force et de la vitesse de marche quatre ans plus tard.
Résultat : chez les 1 461 participants dont la marche a été chronométrée, chaque hausse d’un écart-type du score de but dans la vie était associée à un risque 14 % plus faible de devenir un marcheur lent, c’est-à-dire de passer sous 0,8 mètre par seconde, selon la publication de JAMA Psychiatry. Pour la vitesse de marche, le lien restait significatif même dans le modèle le plus complet, qui tenait compte de nombreux facteurs sociodémographiques et de santé.
Ce résultat a été confirmé à plus grande échelle en 2024. Angelina Sutin, de l’université d’État de Floride, et Yannick Stephan, de l’université de Montpellier, ont analysé trois cohortes aux États-Unis et en Angleterre, soit 18 825 personnes âgées suivies jusqu’à seize ans. D’après leur article publié dans GeroScience, disponible sur PubMed Central, un sens du but plus élevé était associé à une probabilité environ 25 % plus faible d’avoir une marche lente, et à un risque plus faible de le devenir avec les années.
Pourquoi un état d’esprit se lirait dans les jambes
Les chercheurs avancent plusieurs pistes, qui se combinent plus qu’elles ne s’opposent.
Le comportement : les personnes qui ont des projets sortent davantage, se déplacent plus et restent physiquement actives, ce qui entretient la force musculaire et l’endurance.
La santé : un sens du but plus marqué est associé dans la littérature à moins de maladies chroniques et à une meilleure récupération. Une partie du lien s’explique d’ailleurs par ces facteurs, puisque l’association diminue sans disparaître quand on les prend en compte.
La motivation : savoir où l’on va, au sens propre comme au sens figuré, donne une raison concrète de marcher d’un bon pas.
Ce que l’on pense de son âge compte aussi
Un autre travail, mené en Irlande, montre que la façon dont on se représente le vieillissement peut peser sur l’allure. Des chercheurs du Trinity College de Dublin ont suivi pendant deux ans près de 4 000 adultes de plus de 50 ans de l’étude TILDA, en mesurant le temps nécessaire pour se lever d’une chaise, marcher trois mètres, faire demi-tour et se rasseoir.
Ceux qui étaient fortement convaincus de n’avoir aucune prise sur leur vieillissement ralentissaient davantage : leur temps augmentait d’environ 1,4 seconde en deux ans, contre 0,5 seconde chez ceux qui ne partageaient pas cette vision, selon l’étude parue dans PLOS ONE. Les auteurs parlent d’une forme de prophétie autoréalisatrice, et y voient un facteur psychologique sur lequel il serait possible d’agir.
L’humeur se voit aussi dans la démarche
À plus court terme, l’état émotionnel du moment modifie lui aussi la façon de marcher. En 2009, une équipe allemande de l’université de la Ruhr à Bochum a analysé en laboratoire la démarche de patients déprimés et d’étudiants chez qui l’on avait induit de la tristesse ou de la bonne humeur par la musique. Dans les deux cas, la tristesse se traduisait par une marche plus lente, un balancement des bras réduit et moins de mouvements verticaux de la tête, d’après l’article publié dans Psychosomatic Medicine.
Une allure vive ne signifie donc pas toujours que tout va bien, mais une démarche qui s’alourdit durablement peut refléter une fatigue morale autant que physique.
Un pas vif, un bon signe pour la santé
Le rythme de marche intéresse enfin les épidémiologistes. En 2018, le professeur Emmanuel Stamatakis, alors à l’université de Sydney, a croisé les réponses de plus de 50 000 marcheurs de onze enquêtes menées en Angleterre et en Écosse avec les registres de décès. Comparée à une marche lente, une allure moyenne était associée à un risque de mortalité toutes causes réduit de 20 %, et une allure vive ou rapide à une baisse de 24 %, selon l’université de Sydney. Les chercheurs situent une allure rapide autour de 5 à 6 km/h, ou à un rythme qui rend légèrement essoufflé.
Ce que votre allure ne dit pas de vous
Ces résultats décrivent des tendances de groupe, principalement chez des personnes de plus de 50 ans. Ils ne permettent pas de juger quelqu’un sur trois pas dans la rue. L’âge, la taille, une douleur, un traitement, un sac lourd, une poussette, la météo ou simplement l’envie de flâner modifient l’allure sans rien dire du caractère. Et le lien de cause à effet n’est pas démontré : il peut aussi fonctionner dans l’autre sens, une bonne forme physique aidant à garder des projets.
La leçon la plus utile est ailleurs. Un ralentissement net et durable de la marche, surtout après 60 ans, mérite d’en parler à son médecin. Et entretenir des activités qui ont du sens, qu’il s’agisse d’un engagement associatif, d’un projet familial ou d’un simple rendez-vous hebdomadaire, fait peut-être partie des meilleures façons de garder le pas.
Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.
Les personnes qui marchent vite sont-elles plus heureuses ?
Pas forcément. Les études relient surtout une allure vive au sentiment d’avoir un but dans la vie et à une bonne santé. La tristesse ralentit la marche, mais marcher vite ne garantit pas d’être heureux.
Qu’appelle-t-on une marche lente chez les seniors ?
Dans les études citées, une marche est considérée comme lente en dessous de 0,8 mètre par seconde, soit moins de 3 km/h environ, mesurée sur quelques mètres à allure habituelle.
Avoir un but dans la vie fait-il marcher plus vite ?
Le lien est une association observée dans plusieurs cohortes, pas une relation de cause à effet démontrée. Il peut passer par une vie plus active et une meilleure santé, et fonctionner dans les deux sens.
Marcher vite est-il bon pour la santé ?
Oui, selon une analyse de plus de 50 000 marcheurs britanniques, une allure vive est associée à un risque de mortalité toutes causes environ 24 % plus faible qu’une allure lente.
Faut-il s’inquiéter si l’on marche plus lentement qu’avant ?
Un ralentissement net et durable, surtout après 60 ans, mérite d’en parler à un médecin. Une allure tranquille par choix, en revanche, n’a rien d’inquiétant.